Jean-Paul Riopelle

par Monique Désy Proulx
printemps 2002

 

À lui seul, Jean-Paul Riopelle symbolise un étonnant point de convergence des divers éléments qui forment le Québec d'aujourd'hui ; il se situe à la croisée des chemins entre hier et demain ; et il possède encore, au-delà de la mort, le pouvoir de réconcilier de multiples antagonismes de notre société.

Parmi les traits qui se croisent et s'intègrent chez lui ? La nordicité, un intérêt marqué pour la présence amérindienne sur notre territoire, le fait français en Amérique, la puissance de la Nature et de l'Espace, notre force et notre simplicité, nos affinités avec l'Europe et particulièrement avec la France, notre américanité, le goût de la réussite, notre engouement pour la course automobile et le hockey et, à Montréal, l'axe Ouest-Est, anglais-français.

Riopelle a été élevé dans un des quartiers populaires de l'Est si riches de vitalité, parmi la petite bourgeoisie canadienne française, jeune homme adoptant à la fin des années quarante la mouvance d'un violent rejet du passé, un refus global balayant le pays tout entier. Tant de nos diverses caractéristiques rassemblées chez cet artiste...

« C'est l'aviron qui nous mène en haut », chantaient nos coureurs des bois qui avaient appris de leurs amis Indiens l'art du canot…

Toute sa vie, notre grand peintre et sculpteur s'est inspiré des Autochtones, après avoir rencontré le vieux Grey Owl qui a marqué sa jeunesse en le révélant à lui-même. Fier de son profil amérindien, Riopelle a fasciné les Européens avec son attitude farouchement indépendante et son énergie puissante, à l'image de son grand pays du Nord. Sa façon d'appartenir à l'Amérique ne pouvait émaner que du Québec.

Né en ville, mort près des bois, dans les deux cas, sur une île : tout Riopelle est une synthèse.

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